La presse écrite sait aussi s’écouter

 

 

Par rapport à la version numérique des journaux papiers, qui en sont le reflet sur écran, le journal audio propose une formule personnalisée, mobile et interactive qui enrichit les contenus rédactionnels. Une solution qui permet de valoriser la presse traditionnelle.

Qui lit encore le journal et pourquoi ? Ces questions, que l’on ne se posait guère il y a une trentaine d’années à peine, sont devenues d’une importance cruciale pour les acteurs de l’univers des médias. Malgré l’avènement de l’ère numérique, les journaux papier représentent encore une composante essentielle de l’offre, dotés certes de leur environnement digital propre, mais néanmoins considérés comme un socle éditorial incontournable. Dans ce contexte, les deux questions posées en préambule sont doublement capitales : d’abord pour s’assurer du bien-fondé de cette démarche journalistique que d’aucuns jugent dépassée vu les nouveaux canaux de diffusion et les coûts liés à l’impression et à la distribution des journaux ; ensuite pour orienter, si besoin, le contenu et la forme que doivent prendre les journaux de demain.

Thomas Deillon, Chief Innovation Officer du groupe ESH Médias

Thomas Deillon commence sa carrière par la digitalisation des écoles et mairies de Haute-Savoie avant de créer son entreprise et accompagner plusieurs grands groupes romands à transitionner vers la téléphonie et télévision sur Internet dans les années 2000. Il rejoindra ensuite SITA, leader mondial des télécommunications pour le domaine aérien, en tant que responsable innovation, puis directeur de cabinet du PDG, avant de prendre la responsabilité de la création d’une entité de développement de produits logiciels d’une cinquantaine de personnes à Montréal dans l’analyse prédictive (Smart Airports).

 

Dès que des ressources journalistiques plus importantes sont en jeu, une grille d’analyse doit s’appliquer aux sujets qui seront retenus, potentiellement porteurs d’une valeur ajoutée éditoriale. On parle là de sujets d’actualité qui demandent un éclairage, un décryptage, une analyse, un travail de terrain. Mais également de sujets anticipés, d’enquêtes, de reportages, de grands portraits… Autant d’articles à construire qui doivent d’abord être considérés en fonction de la cible à atteindre, de ses attentes et du type de diffusion privilégié. En d’autres termes, avant de se lancer dans la course, il est essentiel de se demander quels sont les objectifs à remplir en allouant des forces rédactionnelles à tel ou tel sujet et, partant, quel angle choisir pour le traitement de l’information. Mais pour être la plus objective possible, une telle approche doit bénéficier d’outils de mesure, d’indicateurs précis qui permettent d’analyser les résultats obtenus auprès des différentes lectorats par rapport à leurs attentes.

Que dit l’Université d’Harvard ?

Une étude de l’Université d’Harvard publiée en 1981 vient dans un premier temps nous aider à comprendre le rôle des journaux. Selon cette analyse datant d’une quarantaine d’années, les titres papier remplissaient une quadruple fonction. Ils servaient d’abord à la surveillance, permettant aux lecteurs de découvrir par sérendipité les nouvelles susceptibles de les intéresser. La recherche d’information faisait naturellement partie des missions journalistiques des différentes publications, complétée par le lien social tissé par ces titres dans leur communauté. Venait enfin la place qu’occupaient ces journaux dans les loisirs de leurs lecteurs, leur proposant de s’échapper vers d’autres horizons géographiques ou culturels.

Que reste-t-il aujourd’hui de ces quatre fonctions majeures remplies par les quotidiens papier consistant à surveiller, informer, connecter et divertir ? Force est de constater que d’autres plateformes ont largement pris le relais en ce qui concerne l’une ou l’autre d’entre elles. Déjà mis sous pression par la radio et la télévision et ce, de manière de plus en plus marquée depuis les années 1950, les journaux ont ensuite dû composer avec l’avènement d’Internet puis avec l’explosion des réseaux sociaux. Ceux-ci accaparent aujourd’hui tant la recherche d’informations que la capacité de divertir et de mettre les gens en contact. Reste finalement une seule fonction à l’avantage des journaux, celle liée à la surveillance. Selon l’étude d’Harvard, celle-ci consiste pour le lecteur à tourner les pages de son quotidien pour découvrir les contenus que la rédaction a créés ce jour-là à son intention et qui pourraient susciter sa curiosité.

Générer un accès audio
Si l’on reporte cette analyse à la situation actuelle, le rôle d’un journal régional tient encore et toujours à sa fonction de veille prise au sens large. Autrement dit, au terme de ses vingt-quatre à trente pages quotidiennes, le lecteur doit avoir l’essentiel de l’information locale. Une information faite de contenus digérés, analysés et développés selon une hiérarchie précise et réfléchie, contrairement aux flux de nouvelles qui inondent les réseaux sans guère d’ordre de priorité. Cette présentation du journal, on la retrouve d’ailleurs sur Internet, où la version en ligne correspond en tous points aux choix rédactionnels opérés sur support papier. Si l’on en croit les temps de lecture, cette extension numérique indispensable du journal est aussi un succès pour accaparer l’attention du lecteur sur un durée quatre à cinq fois supérieure à celle passée sur les flux d’information numériques en continu. Seul bémol, depuis la crise du Covid-19 les lecteurs ne démontrent plus la même envie de se connecter à leur journal en ligne. Cette évolution nous a donné matière à réflexion. Une réflexion qui a débouché sur « La Matinale dans les oreilles ».

L’objectif de « La Matinale dans les oreilles » est de valoriser les contenus rédactionnels de titres papier du groupe via un nouveau format. En début d’année prochaine, il sera en effet possible d’écouter une quinzaine d’articles dument sélectionnés sur son ordinateur, sa tablette ou son téléphone mobile. Contrairement à un podcast où l’écoute se fait en continu, ces articles « lus » sont proposés à la demande, l’auditeur ayant le choix de l’information qui l’intéresse en priorité. Proposée à Google, qui supporte financièrement les initiatives médias les plus innovantes, « La Matinale dans les oreilles » a été retenue par la compagnie américaine, seul projet suisse sélectionné. Dans un monde où s’informer se fait de plus en plus au travers de son smartphone dans un contexte de mobilité, les articles écrits deviennent, pour beaucoup, une source secondaire d’information, celle qui permet d’approfondir un sujet. Nous avons voulu inverser la tendance en générant un accès audio à nos articles, offrant à la fois la souplesse d’une écoute mobile et la richesse d’information des articles rédactionnels développés par les titres du groupe. Une offre qui sera à l’usage personnalisable selon les préférences des auditeurs.

 

Par Thomas Deillon

 

OpenSource est un programme de diffusion de contenus institutionnels du groupe ESH Médias. Celui-ci a pour but de donner la parole, de manière récurrente, à des acteurs internes clés spécialistes dans les domaines d’expertise du groupe.

 

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